Sandrine DURY Coach les mamans d "Enfant Magazine": " Pourquoi pas un troisième enfant ? "
Agrandir la famille, ça vous tenterait bien…mais vous hésitez : il va falloir renouer avec les couches, peut-être changer d'appartement, gérer la jalousie des aînés, gagner plus d'argent ou, à l'inverse, arrêter de travailler… Autant de paramètres à évaluer avant d'accueillir celui que certains nomment"l'enfant plaisir". Cinq mamans ont confié leurs envies et leurs hésitations à Sandrine Dury, psychanalyste en maternité et auteur d'Aider bébé à bien grandir aux éditions Flammarion.
- Extraits : Entretien avec la maman d'une petite fille de 22 mois qui se demande si une famille nombreuse est compatible avec une vie de femme.
La maman : J'ai toujours pensé avoir plusieurs enfants. Mais avoir un troisième, n'est-ce pas un frein à une bonne qualité de vie personnelle et familiale? J'ai envie d'être maman et femme. Si je n'arrive pas à concilier les deux, j'ai peur d'en vouloir à mon enfant et à mon mari…
Sandrine Dury : C'est tout à fait justifié. L'épanouissement personnel est important pour ne pas devenir une mère culpabilisante qui reproche à son enfant, ouvertement ou non :"Si je n'ai pas pu faire cela, c'est à cause de toi."
M : […] Je n'ai pas d'exemple autour de moi pour m'aider à savoir comment gérer ma vie. Je suis devenue maman à 31 ans. J'ai longtemps mené ma vie de façon indépendante. Aujourd'hui, je me sens déjà submergée avec un enfant, alors avec trois…
S.D. : Il faut vous laisser le temps de vous retrouver, avec la vie active, votre couple, vos activités personnelles. Ainsi, vous prendrez du recul et, le moment venu, vous vous sentirez prête.
M : Mon mari a insisté pour qu'on ait un deuxième tout de suite, mais je ne me sens prête ni physiquement (j'ai eu une grossesse difficile) ni mentalement. J'ai encore besoin de m'occuper de moi, de retrouver mon corps…
S.D. : Oui, vous ne voulez pas être seulement mère comme vous l'avez été ces derniers mois, vous voulez aussi être regardée comme une femme. Il n'y a rien de mieux pour un enfant, qu'une mère qui est accomplie et qui se sent bien.
M : Je suis entourée d'amies célibataires. Je me demande ce qu'elles pourraient penser de moi si j'avais trois enfants…
S.D. : Avec deux enfants, vous avez l'image d'une femme active, avec trois vous êtes tout de suite cataloguée"mère de famille".Vous sortez du cadre fixé par la vie citadine qui aime les choses bien carrées qui viennent par paire! Je pense qu'avoir un troisième enfant est avant tout une histoire de volonté et d'envie personnelle.
Conseil + de la spécialiste :
Il faut vous donner le temps de la réflexion avant d'entamer une nouvelle grossesse. Espacer les naissances est une façon de penser à vous, en tant que femme et pas seulement comme mère.
- Entretien avec la maman de 2 garçons de 4 ans et 20 mois qui s'inquiète des conséquences matérielles et familiales de l'arrivée d'un troisième enfant.
La maman : […] Nous pensons avoir un troisième mais il faudra déménager. Et ce sera difficile de trouver plus grand à un prix raisonnable…
Sandrine Dury : Ces problèmes matériels et financiers vous empêchent-ils de franchir le pas du troisième?
M : Oui, car nous voulons offrir à nos enfants le maximum de confort, et je tiens à ce que chacun puisse s'isoler dans une pièce s'il le souhaite. Lorsqu'on veut un troisième, on est obligé de prévoir les aspects matériels. Pourtant d'un autre côté, nous sommes aussi tentés de laisser faire la providence…
S.D. : C'est un souhait partagé aujourd'hui. Nous sommes allés trop loin dans l'organisation surplanifiée des jeunes mamans. Pour trouver une place en crèche, par exemple, les mamans doivent souvent s'inscrire dès les premiers mois de leur grossesse. Pas étonnant que vous aspiriez à une vie plus naturelle, plus écologique, où on laisse venir les choses.
M : Une autre raison de notre hésitation tient aux échos entendus autour de la difficile place de deuxième, ou encore le fait que les enfants se regroupent à deux contre un.
S.D. : Les relations sont aussi conditionnées par l'écart d'âge. Quand il est de quelques années, les plus grands aiment souvent pouponner…Quand l'écart est plus faible, cela peut susciter des jalousies chez les aînés.
M : Que peut-on faire?
S.D. : Rester vigilant en consacrant du temps à chacun de ses enfants, notamment le deuxième. La place du milieu est assez ingrate. C'est souvent lui qui va se faire remarquer et attirer votre attention parce qu'il se sent pris entre l'aîné, qui est la référence, et le petit dernier, que l'on couve. Il est très important de passer du temps avec chacun, même cinq minutes. Il faut avant tout que personne ne se sente oublié.
Conseil + de la spécialiste :
Plutôt que de rester dans une crainte floue quant à l'incidence de l'arrivée d'un troisième sur l'organisation matérielle (appartement, voiture, etc.), essayez d'en parler en détails avec des gens que vous connaissez et qui ont trois enfants. Ils vous permettront d'évaluer si vos réticences sont justifiées.
- Entretien avec la maman de deux enfants de 13 et 9 ans d'un premier mariage et d'un garçon de 2 ans et demi, s'interroge sur la place de son nouveau conjoint, le papa du petit dernier.
La maman : C'est mon troisième enfant et le premier pour mon conjoint, avec lequel je suis remariée.
Sandrine Dury : Est-ce le fait de reformer une famille qui vous a donné l'envie d'avoir un troisième enfant ?
M : J'avais un fort désir d'enfant, celui de mon nouveau conjoint n'était pas aussi évident. Il ne s'est vraiment senti père qu'au moment de la naissance. Mais les mois suivants ont été durs. Le petit a mis du temps à faire ses nuits… Mon mari n'arrivait pas à mettre les couches correctement alors que je faisais cela en dix secondes. J'étais crevé du bébé et du papa ! L'arrivée d'un enfant, ça donne envie de le manger de bisous mais aussi, parfois, de l'envoyer promener. C'est peut-être tabou ce que je dis là…
S.D. : C'est un sujet dont on n'ose pas parler. On dit souvent que le troisième enfant, c'est "l'enfant plaisir". […] Mais il faut savoir qu'un bébé peut aussi tout bouleverser. En plus, vous devez évoluer dans trois mondes vraiment distincts. Il vous faut passer de l'adolescence au nourrisson, chacun ayant ses exigences. Quant au décalage avec votre mari : trois heures pour changer la couche ou mettre le body à l'envers…tout cela n'est pas grave ! Il est bon que le père ait sa propre méthode, qu'il n'essaie pas de vous copier. Et votre congé parental comment le vivez-vous ?
M : C'est une bonne chose, mais il faut essayer de garder des activités à l'extérieur, ce que je n'ai pas pu faire car j'étais trop fatiguée. Quand mon mari rentrait, tout était fait. J'avais facilement envie de m'énerver, de crier, de lui en vouloir…
S.D. : Parce qu'il vous rappelait justement ce monde extérieur qui vous manquait…
M : Je pense que j'ai trop voulu me débrouiller seule…
S.D. : Avec deux enfants, vous vous étiez organisée. Avec le troisième, vous avez franchi un cap. Comme vous aviez voulu cet enfant, vous avez préféré tout assumer seule et vous avez été submergée. Ce n'est pas facile de demander de l'aide…
Conseil + de la spécialiste :
Soyez plus relaxe sur l'organisation, acceptez que votre conjoint ait d'autres méthodes que les vôtres, acceptez de vous faire aider. Le monde continuera de tourner…
- Entretien avec une maman de deux filles de 8 et 4 ans qui ne veut pas renoncer à l'idée d'un troisième enfant.
La maman : L'horloge biologique tourne et j'ai pleins de projets qui ne font pas du troisième enfant une priorité. Pourtant, je veux laisser cette question ouverte. Je refuse toujours de donner les vêtements de bébé de mes deux filles. Les donner serait affirmer: "Non, je n'aurai pas d'autre enfant."[…].
Sandrine Dury : À quel moment s'est manifesté votre désir d'un troisième enfant?
M : Récemment. Mon mari et moi nous sommes dit : "Si nous voulons un petit troisième, il faudrait que ce soit rapidement, car après 40 ans, c'est plus risqué."
S.D. : Avez-vous un idéal de famille bien défini ou laissez-vous la vie décider pour vous?
M : Nous ne voulions pas un enfant unique. La deuxième est née d'une volonté forte. Si je n'avais pas eu deux grossesses si compliquées, je me laisserais tenter par un troisième. […] Un troisième, ça ouvre des portes, ça crée plein de combinaisons possibles entre frères et sœurs…
S.D. : Vos grossesses difficiles pèsent effectivement sur votre choix. En ce qui concerne les vêtements de bébé que vous conservez, c'est symboliquement un message très fort. Ils vous rappellent que vous êtes encore une femme en âge de procréer.
M : Mon mari me taquine régulièrement à ce sujet. Pour lui, les enjeux ne sont pas les mêmes, bien sûr. Je sens que la décision dépend de moi. Et moi, je m'en remets au hasard…
S.D. : Vous savez, pour les psychanalystes, le hasard n'existe pas ! Les enfants arrivent souvent au moment opportun… L'arrivée d'un troisième mettrait certains choix professionnels entre parenthèses. Il se trouve que certaines femmes esquivent parfois leurs difficultés relationnelles, professionnelles grâce à la maternité. Elles se déconnectent en se consacrant au bébé.
Conseil + de la spécialiste :
Si vous voulez avoir un troisième enfant, il ne faut pas attendre le dernier moment, mais en parler avec votre conjoint, avec vos enfants. Se dire"je me lance et je vois après" n'est peut-être pas la bonne méthode.
- Entretien avec la maman de deux enfants de 9 et 7 ans qui s'interroge sur la possibilité de concilier vie de couple, vie professionnelle et vie familiale.
La maman : Nous désirons un troisième enfant le plus tôt possible, mais pour l'instant il ne vient pas… Ce qui me pose problème, c'est la possibilité ou non de pouvoir tout mener de front. De plus, je n'ai toujours pas de travail fixe. Cela pose des questions d'ordre financier. Mais si on ne pense qu'à ça, on n'entreprend plus rien…
Sandrine Dury : Et votre mari, quel est son avis ?
M : Il me soutient beaucoup. Il souhaite que j'aie une vie active, que je travaille. Nous confions les enfants à la famille le week-end pour sortir. Je pense qu'avec un troisième ce sera plus compliqué. Cela peut freiner notre vie de couple…
S.D. : Votre mari comprend votre besoin d'avoir une vie de femme épanouie. Sachez que votre bien-être personnel se répercute sur votre couple et sur votre famille. Qu'en pense votre entourage ?
M : Je viens d'un milieu où la femme doit rester à la maison pour s'occuper des enfants. Au départ, les enfants ça ne me disait pas trop…C'est l'entourage qui m'a encouragée. Mais je voulais réussir professionnellement et travailler après mes grossesses.
S.D. : Comme beaucoup de femmes de votre génération, on sent une énergie, une volonté de se surpasser en tout. Votre histoire personnelle, votre enfance entrent aussi en ligne de compte…
M : Je suis l'aînée de huit enfants. Mes sœurs ne sont devenues que des mamans, leurs maris sont délaissés. Moi, je veux avoir une vie à moi et une vie de couple. Et je me bats pour trouver le juste milieu, sans rien délaisser de ma culture.
S.D. : La vie de femme au foyer ne vous attire pas et vous craignez qu'un troisième enfant vous y cantonne. Mais vous pouvez élever vos enfants et envisager l'avenir positivement…
M : Cela se passera bien, il n'y a pas de raison…Un troisième enfant, c'est un bonheur de plus dans la famille. Je peux prendre un congé parental pour m'occuper davantage du troisième.
Conseil + de la spécialiste :
Vous êtes une femme active. On voit combien c'est une lutte au quotidien de mener votre vie de couple, de famille et de femme dans un contexte culturel où ce n'est pas évident. Mais vous êtes très forte. Vous réfléchissez et ferez donc sans aucun doute les bons choix pour arriver à trouver un équilibre.
Propos recueillis par Gilles Donada.
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