Sandrine DURY coach Maman grossesse Interview pour le magazine "FAMILI": "La grossesse, un moment clé pour penser sa vie"

Publié le par Sandrine DURY

L'entretien du mois:

Sandrine Dury, psychanalyste en maternité


« Ne cherchez pas à plaire à votre enfant à tout prix»
Parce que l’arrivée d’un bébé est un événement fondamental dans la vie d’un couple, Sandrine Dury, psychanalyste en maternité*, nous invite à réfléchir dès la grossesse, sur la relation que l’on souhaite établir avec notre enfant et la place qu’on veut lui accorder.

Dès que l’enfant paraît, une nouvelle ère commence, pleine d’inconnues, de doutes et de réajustements. Vous le pressentez intuitivement et vous avez bien raison. Mais peut-être n’avez vous pas encore mesuré l’ampleur de cette épopée, car toutes celles qui sont déjà mamans vous le diront : avec un enfant, rien ne sera plus jamais comme avant. Pas moins bien, différent seulement. Alors, pour ne pas trop vous laisser surprendre, profitez de votre grossesse pour commencer à repenser votre vie autrement, c’est-à-dire à trois avec un petit être totalement dépendant de vous. Le jour J, vous vous sentirez moins démunie face à la grande aventure qui vous attend.

Vous déplorez que les femmes n’aient plus le temps de vivre leur grossesse.
Pourquoi et quelles en sont les conséquences ?

Aujourd’hui, la majorité des femmes travaillent et sont submergées par le quotidien, elles ont donc peu le loisir de se poser vraiment et de s’arrêter
sur ce qui les attend.
Certaines ont même si bien organisé et planifié leur vie que le bébé doit venir se loger dans la case qui lui est réservée ; elles n’ont plus assez de temps à se consacrer. Quand bébé arrive, elles ne sont pas prêtes et ont l’impression de ne pas être à la hauteur car elles avaient
l’habitude de tout maîtriser. Quelques mois plus tard, elles peuvent regretter, avec parfois l’impression d’avoir raté leur accouchement, plus tard se sera les premiers sourires de leur bébé, ses premiers mots.
Cette période établit les premiers liens avec l’enfant et permet à la future mère d’appréhender les changements que cette grossesse implique que ce soit pour la venue du premier comme du second enfant.

Pourtant, la grossesse n’est pas une maladie...

C’est vrai, mais c’est un état particulier, une période pendant laquelle il est bon de savoir aussi se décharger émotionnellement. Ces futures mamans peuvent saisir ce moment pour apprendre à se poser et la grossesse
est le moment idéal dans la vie d’une femme. Pour penser à elles, à leur corps qui se transforme, à la relation qu’elles veulent établir avec leur bébé, réfléchir à la façon dont elles souhaitent le nourrir, quelle place elles vont lui accorder, quel mode de garde elles vont choisir, etc. Les mères doivent pouvoir imposer le choix qu’elles font pour leur enfant, par exemple peu importe si l’allaitement au sein est à la mode, je leur dirai : « respectez votre envie » ; on peut très bien ne pas allaiter sans être une mauvaise mère et rendre son bébé tout aussi heureux car il vaut mieux un biberon donné avec plaisir plutôt que de donner le sein sans conviction et pour les mauvaises raisons.

Avoir un enfant aujourd’hui demande bien plus aux parents qu’il y a
quelque temps. Pourquoi ?

Elever un enfant n’a jamais été facile, mais autrefois les femmes étaient beaucoup plus entourées par la famille, les voisins, etc. Par rapport aux générations précédentes, les mamans d’aujourd’hui sont souvent plus isolées, sans parents ni famille à côté pour les aider ou les soutenir. Sans compter que les grands-mères d’aujourd’hui sont encore très actives et assument leur rôle différemment, tout en aidant la maman et en lui transmettant leur savoir-faire. Autrefois également, tout se passait entre femmes uniquement, nos mères et nos grands-mères ne se plaignaient pas. Du coup, aujourd’hui les mamans n’osent pas dire qu’elles ont des difficultés, qu’elles n’y arrivent pas avec leurs enfants ou que leur maternité ne les épanouit pas. Je rencontre beaucoup de femmes qui se sentent coupables de faire moins bien que leur propre mère, d’être débordées alors qu’elles ont moins d‘enfants ce qui les situent d’emblée dans une position de faiblesse quant à leur place.

Qu’est ce qui est le plus difficile pour ces nouvelles mamans ?

Elles ont vécu un véritable bouleversement physique et émotionnel et elles ne peuvent pas reprendre les choses là où elles les avaient laissées avant la naissance. Dans tous les aspects de leur vie, elles vont gagner des choses mais aussi en perdre. Quand elles l’ont accepté tout se passe en général très bien.

Et pour les pères ?

L’homme est sensé devenir père du jour au lendemain. Or, ce n’est pas évident pour lui de trouver sa place et de découvrir sa femme dans son nouveau rôle de maman, c’est-à-dire différente de celle qu’il connaissait jusque-là. Le nouveau papa doit pouvoir en parler, dire à sa femme qu’il a peur ou qu’il ne sait pas comment l’aider. Aux femmes aussi de savoir leur laisser une place et d’accepter qu’ils fassent les choses à leur manière, sans leur demander d’être une maman bis. C’est important pour votre enfant qu’il sache bien différencier les façons de faire de son père et de sa mère, c’est même essentiel pour son développement.

Peut-on concilier un bébé avec une vie professionnelle épanouie ?
Oui, heureusement. Au-delà de ces magazines, où l’on voit s’afficher des stars qui
réussissent à mener leur grossesse à terme, puis à retrouver leur ligne en quelques semaines tout en commençant le tournage d’un nouveau film.
Soyons réalistes. Lorsqu’une femme accouche, elle va devoir mettre sa vie active
entre parenthèses. Pendant au moins deux mois, ses jours et ses nuits ne seront rythmés que par les changes, la toilette de bébé, l’allaitement, les lessives…Certaines mamans le vivent mal et n’ont qu’une hâte : faire garder bébé pour reprendre le travail dès que possible, en espérant que tout pourra recommencer comme avant la naissance. Mais c’est faux, ce ne sera plus vraiment pareil. Jeunes mamans, elles seront plus fatiguées, moins disponibles pour le couple, elles n’auront plus autant d’énergie à dépenser pour les autres. Et surtout elles pourront se sentir éloignées pendant un certain temps du monde extérieur.

 La culpabilité est-elle toujours le sentiment le mieux partagé par les
mamans ?

Oui, elles se sentent toutes coupables et peut être encore plus qu’avant.
Coupables de ne pas en faire assez pour leur enfant. Mais en même temps elles se sentent perdues par tous ces conseils contradictoires qui foisonnent dans les médias. Elles ne savent plus à qui ou à quoi se fier. Il faut que la maman sache s’écouter, se faire confiance, sans vouloir être parfaite car son enfant ne le sera pas non plus. Si une mère n’a pas parlé à son enfant lorsqu’il était encore dans son ventre, ce n’est pas grave, ce n’est en rien une obligation, il faut le ressentir et non l’appliquer simplement. Chaque femme avec sa propre histoire, ses doutes et ses souffrances, sera la mère qu’il faut à son enfant.

Les parents d’aujourd’hui ont-ils du mal à faire une place au bébé qui
vient de naître ?

L’arrivée d’un enfant est toujours un bouleversement et entraîne de nombreux aménagements dans le couple, la famille et la vie au quotidien. Mais heureusement, beaucoup de ces petites choses peuvent être très bien assumées si l’on est un peu aidé par sa famille, ses amis...
Mais attention, un enfant n’est pas une solution et ne peut qu’amplifier un problème de couple qui existerait déjà ; jamais il ne va le résoudre. Il faut aussi savoir que tous les petits enfants veulent avoir leur maman pour eux seuls et ils sont prêts à tout pour y parvenir ; aux adultes de leur opposer un "non" et au papa de prendre sa place auprès de sa femme pour faire exister son couple tout autant que sa famille.

Vous rappelez que les enfants doivent être partenaires de nos choix...

Dans un certain sens, par exemple, ils sont concernés par l’heure du coucher ou le menu du dîner, mais ce ne sont pas eux qui décident. Nous choisissons en fonction de ce qu’ils sont, de ce qui leur convient, mais ils doivent rester à leur place, c’est toute la difficulté. On ne doit pas non plus tout partager avec eux, ni parler pour parler même si l’époque est au «tout dire, tout révéler ». Laissez-les rêver, n’en faites pas de petits adultes ; le seul résultat que vous obtiendriez est d’en faire des enfants très angoissés, excités. Contentez-vous de leur dire ce qui les concerne et s’ils n’ont pas envie d’en savoir plus, laissez-les tranquilles. Et surtout, n’essayez pas de leur faire prendre partie ou d’en faire vos alliés en cas de séparation avec votre conjoint par exemple.

Dans la société actuelle, il faut avant tout plaire à ses enfants,
écrivez-vous ? Vous le regrettez ?

Oui, les parents n’ont pas à être dans un rapport de séduction avec leurs enfants. Vouloir leur donner tout ce que l’on n’a pas eu dans notre enfance par exemple est un comportement parental compréhensible mais excessif s’il n’a pas de limites. On peut leur faire plaisir sans se laisser déborder. Les parents doivent assumer leur responsabilité, se remettre en cause et cadrer les choses. Sinon, les enfants finissent par prendre le dessus et les adultes ne savent plus comment s’en sortir. Il y a ceux qui punissent à tout va sans grand résultat et les autres, prêts à tout accepter pour que leur enfant soit, croient-ils, épanoui. Mais trop en faire n’a jamais été la solution. Il faut savoir leur dire non, s’imposer, se faire respecter. Le sommeil par exemple, est souvent un enjeu de taille. Les parents doivent, là encore, apprendre à surmonter cette étape difficile et ne pas se laisser dominer, même si c’est plus facile et confortable de finir par prendre le petit dans son lit. Les choses doivent être claires pour l’enfant ; chacun a sa place et la sienne n’est pas dans le lit de ses parents.

Les pleurs des bébés sont souvent très perturbants ?

Un enfant que l’on n’arrive pas à consoler nous renvoie inconsciemment à l’image de la mauvaise mère, puisqu’on ne devine pas ce dont il a besoin, qu’on ne parvient pas à le calmer ou à le satisfaire. Heureusement, progressivement on décrypte de mieux en mieux ces pleurs et on devient de plus en plus philosophe : un tout-petit a aussi besoin de pleurer tout simplement pour décharger les tensions accumulées au cours de la journée.
Mais, quelquefois ces larmes provoquent une tension insoutenable source d’angoisse chez certaines mamans. Pourtant, on a le droit de ne pas savoir, de ne pas comprendre sans être pour autant une mauvaise mère.
L’important, c’est qu’il y ait une présence maternelle, un véritable échange entre la maman et son bébé.

Tout ce qui n’est pas donné sera toujours plus important que tout ce que
l’on aura donné, dites-vous. C’est difficile à accepter pour des parents ?

Peut-être, mais c’est ainsi : l’enfant que l’on comblera par dessus tout manquera toujours de ce petit rien que vous ne lui aurez pas donné.
Un enfant n’est jamais totalement satisfait et il voudra toujours ce qu’il
  n’a pas eu et qu’a reçu son copain. Alors, autant être lucide lorsqu’on met un bébé au monde. Au début, c’est difficile d’accepter que son enfant ne sera jamais comblé, mais il faut avoir conscience que c’est précisément ce qui va le faire avancer et progresser dans la vie. La frustration et le désir sont le moteur de chaque existence, c’est ce qui fera grandir ce petit être et l’incitera à s’ouvrir au monde pour aller chercher ce que nous, ses parents, n’avons pas su ou pu lui donner.

Que faire lorsqu’on se sent débordée ?

Surtout ne pas rester murée dans sa souffrance. Si cela devient trop complexe, trop lourd, il faut oser en parler, dire ce qui ne va pas à son généraliste, son pédiatre ou au psychologue de la PMI. Un spécialiste de la petite enfance peut aider la maman à comprendre ce qui perturbe sa relation avec son bébé, pourquoi elle ne supporte plus de l’entendre pleurer ou n’a pas envie de le prendre dans les bras. La grossesse comme la période postnatale sont souvent des phases très propices au travail sur soi, puisqu’elles font resurgir des émotions lointaines enfouies depuis parfois bien longtemps.
Propos recueillis par Isabelle Blin.
* Auteure de Aider bébé à bien grandir, Comment répondre aux petits tracas des 0-3 ans, collection profession parents, éditions Flammarion.
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W
Bravo Sandrine, super Blog ! <br /> <br /> Très content de t'avoir rencontré hier.<br /> <br /> A bientot
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